Ella Balaert – Nouvelle, lettres, cartes postales et correspondances

Amateur.e.s de confidences, fausses ou vraies, et de correspondances, tendance Valmont plus que Baudelaire, venez nous rejoindre ! Je vous propose d’écrire des nouvelles dans lesquelles une lettre, des lettres, un échange de lettres joue un rôle important. Ce qui s’y dit, ce qui s’y avoue, dans l’amour ou la haine, que le personnage n’aurait jamais osé dire de vive voix ; ce qui s’y cache entre les lignes, ce qui s’y trouve censuré par la morale ou un pouvoir politique, tout est bon dans la lettre. On peut mettre une vie à écrire une lettre ; on peut jeter sur un coup de tête quelques mots définitifs dans une missive hâtive… La situation de communication, dans laquelle les interlocuteurs n’appartiennent ni au même espace, ni au même temps – quoique les correspondances par mails tendent à rapprocher les temporalités – favorise toutes les audaces, triomphe de bien des tabous, mais autorise aussi tous les mensonges et laisse parfois des traces bien dangereuses…

Une lettre peut être un élément clé d’un dispositif narratif : elle confirme ou infirme ce que le narrateur a révélé d’un personnage au lecteur, elle permet en variant les points de vue, la connaissance intime de différents personnages – libre au lecteur de prendre à la lettre ce que lesdits personnages racontent d’eux-mêmes, ou non… Car l’effet de réel produit par une lettre, dans un récit, est puissant, donc dangereux. Tout échange de lettres s’inscrit potentiellement dans une entreprise de séduction, de manipulation, en tout bien tout honneur, ou pas.

Pour ne rien dire des protocoles narratifs entièrement épistolaires, espace d’écriture très ludique et contraignant — et j’en sais quelque chose.

D’ailleurs, à ce propos, quelques possibilités de lecture, rien d’exhaustif évidemment :

En matière de roman épistolaire, Laclos, bien sûr, Les liaisons dangereuses, où la lettre devient une arme à double tranchant. Version contemporaine : La toile, de Sandra Lucbert.

Un mot des romans qui ne se composent que d’une seule lettre : soit parce que la lettre est très longue, soit parce qu’on n’a pas les réponses des destinataires : Les lettres portugaises ou Les souffrances du jeune Werther de Goethe (prévoir des kleenex dans l’atelier). La lettre au père de Kafka n’a même pas été envoyée de son vivant… Vient de paraitre Minuit en mon silence, de Cendors, une lettre (de fiction) écrite du front de la guerre de 14 à une femme. On pense à Alain Fournier : on a raison, le personnage s’en inspire un tout petit peu (la correspondance de cet auteur avec les femmes de sa vie vient d’ailleurs de sortir).

Et quand l’absence même de réponse devient réponse… Inconnu à cette adresse, de Kathrine Kressmann Taylor

Toute lettre s’adresse par définition à un.e absent.e, mais il est des absences plus douloureuses que d’autres. Dans le domaine autobiographique, citons celle de Poivre d’Arvor à sa fille Solenn.

Certains auteurs écrivent des mails ; d’autres mettent un point d’honneur à rester attaché à la matérialité de la lettre : Bobin, un bruit de balançoire, qui sort fin août 2017.

Permettez un petit détour par ma bibliographie : dans La lettre déchirée, roman pour jeunes, la lettre d’un père brille par son absence… Dans Pseudo, roman épistolaire, trois femmes échangent des mails entre elles et avec un homme rencontré sur Internet, sous couvert d’une identité factice commune.

 

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Les jeudis 7-14-21 déc /11-18-25 janvier 2018
Théâtre Clin d’Oeil – 14h à 16h15 OU 19h30 à 21h45