Lauréate 2018 : Marie Fréring

D.Chauveau Prix Boccace Chamerolles 10 juin 2018 Chilleurs-aux-Bois (109) - copie

 

C’est lors de cette fête que le huitième Prix Boccace, créé par « Tu Connais la Nouvelle ? » et soutenu par le Conseil départemental du Loiret a été décerné à

MARIE FRÉRING

« L’heure du poltron »

Recueil de nouvelles publié aux éditions Lunatique

 

Marie Fréring a reçu le prix (doté de 2500 euros) des mains de Frédéric Néraud, vice-président du conseil départemental du Loiret et Mercedes Deambrosis, présidente du jury et Sylvie Dubin, lauréate 2017

 

L’Heure du poltron

Dix récits étonnants, poétiques, biens ficelés, érudits et bien écrits.

Dix récits, en époques et lieux différents, où tremblent les destins des personnages, où les événements franchissent en transfuges les frontières de l’intérieur et de l’extérieur, où le réel et l’irréel sont poreux, où les vies s’écartent de ce qui semblait être leur trajectoire.

Dans chaque nouvelle on retrouve des poètes, des peintres, des écrivains bien réels qui se glissent insidieusement entre d’autres histoires et ne nous quittent plus.

On pénètre dans le l’heure du poltron avec La Renarde. Un personnage de femme poète qui vit avec une intense présence dans ces quelques pages. Une vraie rencontre.

Dans chacune des nouvelles, on perçoit un engagement d’écriture, une profondeur.

  • Il y a Youri, le champion de course de fond qui quittera clandestinement l’URSS lors des jeux olympiques d’Helsinki… Il courrait pour fuir. C’est ce que lui avait martelé la vie. Quand il court il sent les mâchoires du loup claquer derrière ses mollets…
  • Il y a Cornélius qui garde en lui la lettre d’un jeune marin qui ne lui était pas adressée et qui, pourtant va l’emporter dans un amour fou…
  • Il y a Clément qui partira à Prague, derrière le Rideau de fer, pour rencontrer un artiste photographe qu’il ne connaît que par son travail et qui vit dans la clandestinité.
  • Il y a Axel Lheutre, voyageur de commerce qui va mélanger sa vie avec Dostoïevski
  • Il y a Thaddée qui est en train de mourir et qui mélange les gares…
  • Il y a Gozo, survivant du bombardement atomique de Hiroshima…
  • Il y a Duncan, poète anglais, qui va s’engager dans la guerre de 14. On le connaît à travers les lettres qu’il envoie à son ami John qui vit à New-York…
  • Il y a le manteau de Mandelstam…

 

Marie Fréring

Marie Frering est née en 1960 à Strasbourg. Son parcours est celui d’une autodidacte. Comédienne au théâtre, metteur en scène, réalisatrice radio, puis trois années à travailler dans l’humanitaire pendant la guerre en Bosnie et dans la reconstruction économique après la guerre, ses activités aujourd’hui sont plus tournées vers l’écriture et la dramaturgie pour des films documentaires. Elle a vécu à Sarajevo de 1994 à 1997. Elle est l’auteur de Désirée et de L’Ombre des montagnes (tous deux parus chez Quidam Éditeur, 2008), et des Souliers rouges (Lunatique, 2017).

2018 : Ouverture à la littérature roumaine

Cette année, le Prix Boccace propose de découvrir la littérature étrangère grâce à la création d’un prix littéraire en Roumanie. En effet, le partenaire principal du Prix Boccace, le conseil départemental est jumelé avec le judet d’Olt, un département de Roumanie. Les élus du Loiret ont à cœur de faire connaître ce pays notamment par sa culture. Le Prix Boccace s’ancrant de plus en plus dans le monde francophone, il nous est apparu évident de poser la première pierre « internationale » avec la Roumanie.
Ce Prix récompensera une nouvelle d’un auteur roumain traduite en français.

Un partenariat a été établi à Bucarest avec le Musée National de Littérature Roumaine et la revue littéraire Iocan. Les textes proposés par ces deux partenaires seront sélectionnés par une équipe d’auteurs-traducteurs dont Virgil Tanase et Laure Hinckel.

*** La revue Iocan

Jusqu’à la fondation de la revue trimestrielle littéraire Iocan à Bucarest en mai 2016, les écrivains excellant dans les formes courtes manquaient de débouchés. Les éditeurs roumains et les revues littéraires étaient frileux devant le genre de la nouvelle. Trois écrivains confirmés, Cristian Teodorescu, Marius Chivu et Florin Iaru ont donc créé cette revue, rejoints bientôt par leur confrère Dan Pleşa.

En 3 ans et 6 numéros, Iocan a publié 68 auteurs (dont 30 auteures) et pour la moitié d’entre eux, cette publication est une première.

Sans thème défini, sans limite d’âge ni barrière professionnelle, chaque numéro de 160 pages n’a qu’une restriction : les textes font moins de 30 000 signes.

Chaque numéro est entièrement illustré par un photographe. Les éditions Vellant assurent l’impression et la diffusion à 2000 exemplaires.

 

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*** Adela Greceanu : Lauréate du Premiul Boccace avec le texte « Et Si » ( traduction : Mirella Patureau)

Les membres du jury ont choisi de remettre le premier « Premiul Boccace » à l’auteur Adela Greceanu pour sa nouvelle « Et si » paru dans la revue Iocan. Mirella Pature a assuré la traduction de ce texte.

« Et si » est le portrait d’une femme solitaire et proche d’une douce folie. L’obsession, le ressassement velléitaire, l’immobilité frileuse du personnage sont captivants. Nous sommes totalement immergé dans le petit monde étouffant des pensées de l’héroïne qui tournent en rond. Nous sortons de cette lecture un peu groggy, comme si nous-même « prenions des pilules ». L’écriture est dynamique, la construction du récit tourbillonnante mime parfaitement la spirale de la folie. L’ensemble est nourri d’un détachement ironique et empreint d’une ambiance typiquement roumaine.

Elle n’a rien d’autre à faire. Pas de petits-enfants à conduire à l’école. Pas de petit chien à nourrir et promener. Même si elle y a pensé, à prendre une petite boule de poils blancs comme celui qu’a Geta, seulement, elle a tellement réfléchi et re-réfléchi qu’elle y a finalement renoncé. Parce qu’en fait elle aime les gros chiens, pas ces joujoux de la taille d’un chat.

Adela Greceanu (née en 1975 à Sibiu) est écrivaine et journaliste radio. En 1997, elle est publiée pour la première fois avec le recueil de poésie Titre de mon volume qui était si préoccupé… (Eminescu Publishing House), suivi par Domnişoara Cvasi (Vinea Publishing House, 2001) et Right Understanding (Paralela 45, 2004). En 2008, est édité son roman Mireasa avec des chaussettes rouges (Polirom Publishing House). Elle revient à la poésie en 2014 avec Et les mots sont une province (The Romanian Book Publishing House). Plusieurs de ses textes courts sont disponibles dans la revue Iocan.

Adela Greceanu a participé à des lectures publiques en Roumanie et à l’étranger (Vienne, Berlin, Leipzig, Medana, Göteborg, Stockholm, Uppsala, Budapest, Gênes, Sofia, Thessalonique, Istanbul). Ses recueils ainsi que des fragments ont été traduits en allemand, anglais, suédois, Bulgare, grec, hongrois, italien, turc, slovène…

Depuis 1998, elle travaille à la Radio Romania Cultural, où elle produit des programmes littéraires. Elle collabore également au magazine Nouvelle Littérature et « Dupa 20 de ani » (Après 20 ans)

Les finalistes 2018

Les recueils sélectionnés en 2018 pour le Prix Boccace

Les recueils sélectionnés en 2018 pour le Prix Boccace

 

Nous avons reçu cette année une trentaine de recueils de nouvelles parus entre le 1er janvier 2017 et le 31 janvier 2018.

Après des heures de lecture, des débats acharnés, les membres du comité de sélection ont choisi les quatrerecueils pour la phase finale du Prix Boccace. Qu’ils soient remerciés ici pour leur enthousiasme et leur passion des mots.

A vous de vous plonger dans ces histoires…et rendez-vous le dimanche 10 juin pour la Fête de la Nouvelle et la remise du Prix.

Les recueils sélectionnés sont :
Je fus homme autrefois de Sarah Taupin
L’heure du poltron de Marie Frering
Les attentifs de Marc Mauguin
Préliminaires pour verger futur de Karim Kattan

« Les attentifs » de Marc Mauguin

Marc Mauguin

Au cœur de l’Amérique des années 1930-1960, les personnages de douze tableaux d’Edward Hopper se croisent de manière inattendue. Un faisceau de solitaires, d’ambitieux redoutables, d’amants, de mères cruelles, de fantômes, de femmes mélancoliques et de rêveurs impénitents, tisse une comédie humaine grinçante et sensible.

Marc Mauguin explore les âmes et saisit des instants de vie suspendus avant qu’une décision ou un accident ne vienne en modifier le cours. Sous sa plume, aussi originale que puissante, les toiles s’animent et nous aspirent.

 (Editeur : Robert Laffont)

Ancien professeur de lettres, Marc Mauguin est comédien au théâtre depuis une dizaine d’années ; il a publié un roman « Le Veille-chagrin », en 2012 et un recueil d’histoires courtes « Ponts coupés » en 2013 chez L’Escampette éditions. Il vit et travaille à Paris et à Étretat.

« L’Heure du poltron » de Marie Frering

Je sais, j’aurais dû fermer la porte plus tôt, au moment où j’étais encore capable de me lever et de tourner la clé dans la serrure ou de m’enfuir loin, impossible à retrouver vivant. Mais j’avais peur, je prenais vos mains secourables et j’aimais vous voir vous détourner pour pleurer. J’étais devenu attrayant, moi le petit bourgeois puritain américain, loué pour son zèle et son honnêteté. J’étais aussi stable que mon poste et mes enfants ont suivi mon exemple. Il me reste un peu de temps pour glisser dans d’autres destinées. En route ! Je veux vivre cette dernière chance d’être un autre, d’autres, avec mon âme encore faiblement clouée à mon corps. 
Dix récits, en époques et lieux différents, où tremblent les destins des personnages, où les événements franchissent en transfuges les frontières de l’intérieur et de l’extérieur, où le réel et l’irréel sont poreux, où les vies s’écartent de ce qui semblait être leur trajectoire.
(Editeur : Lunatique)

Marie Frering est née en 1960 à Strasbourg. Son parcours est celui d’une autodidacte. Comédienne au théâtre, metteur en scène, réalisatrice radio, puis trois années à travailler dans l’humanitaire pendant la guerre en Bosnie et dans la reconstruction économique après la guerre, ses activités aujourd’hui sont plus tournées vers l’écriture et la dramaturgie pour des films documentaires. Elle a vécu à Sarajevo de 1994 à 1997. Elle est l’auteur de « Désirée » et de « L’Ombre des montagne »s (tous deux parus chez Quidam Éditeur, 2008), et des « Souliers rouges » (Lunatique, 2017).

« Préliminaires pour un verger futur » de Karim Kattan

Trois nouvelles, des bribes de vies : Huis-clos à Gaza. Au son du ressac de la mer au pied de leur chambre d’hôtel, le narrateur et son amoureux font renaître la langue maternelle – celle que l’on tait dans l’exil. Vivre au Soudan, à Kobé, Shangai et Bombay. Émilie, le grand-mère du narrateur, tente de se construire loin de sa terre natale. À Londres, Asma, Shéhérazade des temps modernes, libre et fantasque, guide le narrateur dans la ville et mène à sa guise le jeu amoureux. Autour de la Palestine d’aujourd’hui et de son souvenir se construisent des personnages sur le fil, suspendus à leur exil physique, qui est aussi langagier. L’absence de terre fait naître un imaginaire à la fois dense et lacunaire, nourri de légendes vacillantes et parcouru par une modernité affirmée, porteuse d’espoir, de renouvellement, d’amour.

(Editeur : Elyzad)


 

Née à Jérusalem en 1989, Karim Kattan vit entre Paris et Bethléem. Il est actuellement doctorant en littérature comparée à l’Université Paris-X. Il a par ailleurs fondé l’association El-Atlal, une résidence d’artistes et d’écrivains à Jéricho, en Palestine. Préliminaires pour un verger futur est sa première publication.

 

Lauréat 2016 : François Salmon

À part peut-être la soif impossible qui s’écrase sur Billy Adamson au cœur de la Death Valley,
À part bien sûr la torche que brandit Dries Nuttens, le plus petit flic d’Anvers, à l’entrée de la N 171,
À part ce lent désir qui monte dans le corps d’Octavie, rue des Sœurs de la Providence,
À part l’aube stridente que Gossuin le parcheminier voit se lever sur Paris le 6 février 886,
À part la vitesse de l’œuf de Nessus, l’ambition du Grand Auteur belge, la honte crasse de Bernard Verdonck ou la voix de Sophie Lambert,
Non, décidément,
Rien n’est rouge.

Ce recueil permet de voyager dans différents univers. Chaque nouvelle dont le déroulé est efficace nous transporte dans un monde imaginé par l’auteur. Ce recueil est à la lisière du fantastique, de la littérature de genre et d’un certain réalisme. La diversité des nouvelles est très agréable car l’auteur prend beaucoup de plaisir à raconter. Son imaginaire réjouit et sa narration (efficace et rythmée) ravit. Les nouvelles sont toutes marquées par un humour maîtrisé.

Des histoires originales, rapides, l’écriture affutée. On se régale en le lisant.

Lauréat 2015 : Julien Bouissoux

« Nos vies se résument soit à rien soit à quelques fulgurances. » Le ton de ces neuf nouvelles est donné dès la première ligne. Direct, tendre, incisif, Julien Bouissoux nous précipite dans la vie de ses personnages à un moment charnière où tout part à la renverse, saisissant cet instant où les failles apparaissent et où, par les craquements, se révèlent les contours d’une autre vie. Un homme à la mer : en hiver, un homme se jette à l’eau. Quelques brasses pour rattraper le ballon qui s’éloigne, à moins qu’il ne s’agisse de couper court à la promenade du dimanche, de fuir tout ce qui fait sa vie. Janvier : Janvier est un employé modèle, toujours à l’heure, d’humeur égale. Sauf que son entreprise semble l’avoir oublié. La tombe de Patrick Roy : ces jeunes désoeuvrés lui rappellent l’adolescent qu’il était avant de quitter le village. Mais ce n’est pas lui. Robert Lamoureux est mort : c’est l’heure où les enfants dorment, où les parents soufflent, pansent leurs plaies. C’est l’heure où l’on observe sa jeunesse qui n’en finit pas de mourir, à petit feu. Faut qu’on discute : un dîner en ville. Des hôtes super sympas. Le dialogue intérieur d’un homme dont le couple est au bord de la rupture. Valet Parking : Vandrisse perd sa vie à garer les voitures des clients pressés de ce restaurant chic. Mais ce soir, à la fin de son service, il en reste une que personne n’est revenu chercher. Ma prunelle : il est célèbre. Cela fait longtemps qu’il a oublié leur étreinte fugace l’année du bac. Pas elle. Elle l’attend. Port Arica : il n’y a plus que dans ce jeu vidéo qu’il croise encore son frère, qu’il peut encore sentir, dans l’oreillette, le souffle de sa respiration Le tour du propriétaire : il est le seul. Le dernier. Le fils unique. À la mort de son père il a hérité de tout. Comptes, valeur, maison de son enfance.

Né en Auvergne, établi en Suisse, Julien Bouissoux est l’auteur de plusieurs romans et le co-scénariste du film « Les Grandes Ondes (à l’ouest) ».

Lauréat 2013 : Arnaud Modat

Ces onze nouvelles ont été écrites entre 2006 et 2011, ce qui en dit long sur la propension de l’auteur à se laisser distraire par le moindre pigeon. On y rencontre des pièces d’échec qui s’engueulent, un type qui cherche la sortie sur la piste des auto-tamponneuses, un autre, au contraire, qui ne veut plus quitter l’autoroute, un psychopathe performant, de la guitare au coin du feu, une fée accroupie au milieu d’une forêt de jambes… Nombreux sont les textes qui prêtent à sourire, mais le recueil ne sera pas remboursé en cas de suicide au gaz. Certaines nouvelles peuvent contenir des résidus de cynisme et des traces de noisette, en quantités infimes.

Arnaud Modat est né à la fin des années 70, à la frontière du funk et du disco, mais à Douai. Artiste polymorphe non rentable, flegmatique, confus, égocentrique et sportif atypique, il vit aujourd’hui à Strasbourg. Il aime les échecs, marcher pieds nus sur le goudron chaud, distribuer des bouchons de vodka, le cheval d’arçon et Fanny. Il mourra probablement en 2054 (en février ou en juin, mais le huit), d’une intoxication au plomb, tout simplement.

Lauréat 2012 : Serge Pey

Héritier de la liberté et du combat de ses pères, tous républicains et résistants, Serge Pey nous offre avec ce Trésor de la guerre d’Espagne un fabuleux kaléidoscope d’histoires vraies. Son écriture porte en elle cette force des grands écrivains telluriques comme Giono ou Faulkner, et parvient à nous rendre présente, comme intimement vécue, l’aventure de ces enfants pris dans la tourmente des guerres et des répressions. Partout on chasse, on traque et on tue l’enfant des révoltes, le fils des opprimés, qui doit pour survivre trouver les ruses de l’animal.
Il y a un tel bonheur de conter chez Pey qu’on ne peut s’empêcher de se délecter de chacun de ces épisodes tragiques ou pathétiques. Rarement une écriture aura rendu avec une telle intensité la mémoire à la vie.