Lauréat 2016 : François Salmon

À part peut-être la soif impossible qui s’écrase sur Billy Adamson au cœur de la Death Valley,
À part bien sûr la torche que brandit Dries Nuttens, le plus petit flic d’Anvers, à l’entrée de la N 171,
À part ce lent désir qui monte dans le corps d’Octavie, rue des Sœurs de la Providence,
À part l’aube stridente que Gossuin le parcheminier voit se lever sur Paris le 6 février 886,
À part la vitesse de l’œuf de Nessus, l’ambition du Grand Auteur belge, la honte crasse de Bernard Verdonck ou la voix de Sophie Lambert,
Non, décidément,
Rien n’est rouge.

Ce recueil permet de voyager dans différents univers. Chaque nouvelle dont le déroulé est efficace nous transporte dans un monde imaginé par l’auteur. Ce recueil est à la lisière du fantastique, de la littérature de genre et d’un certain réalisme. La diversité des nouvelles est très agréable car l’auteur prend beaucoup de plaisir à raconter. Son imaginaire réjouit et sa narration (efficace et rythmée) ravit. Les nouvelles sont toutes marquées par un humour maîtrisé.

Des histoires originales, rapides, l’écriture affutée. On se régale en le lisant.

Lauréat 2015 : Julien Bouissoux

« Nos vies se résument soit à rien soit à quelques fulgurances. » Le ton de ces neuf nouvelles est donné dès la première ligne. Direct, tendre, incisif, Julien Bouissoux nous précipite dans la vie de ses personnages à un moment charnière où tout part à la renverse, saisissant cet instant où les failles apparaissent et où, par les craquements, se révèlent les contours d’une autre vie. Un homme à la mer : en hiver, un homme se jette à l’eau. Quelques brasses pour rattraper le ballon qui s’éloigne, à moins qu’il ne s’agisse de couper court à la promenade du dimanche, de fuir tout ce qui fait sa vie. Janvier : Janvier est un employé modèle, toujours à l’heure, d’humeur égale. Sauf que son entreprise semble l’avoir oublié. La tombe de Patrick Roy : ces jeunes désoeuvrés lui rappellent l’adolescent qu’il était avant de quitter le village. Mais ce n’est pas lui. Robert Lamoureux est mort : c’est l’heure où les enfants dorment, où les parents soufflent, pansent leurs plaies. C’est l’heure où l’on observe sa jeunesse qui n’en finit pas de mourir, à petit feu. Faut qu’on discute : un dîner en ville. Des hôtes super sympas. Le dialogue intérieur d’un homme dont le couple est au bord de la rupture. Valet Parking : Vandrisse perd sa vie à garer les voitures des clients pressés de ce restaurant chic. Mais ce soir, à la fin de son service, il en reste une que personne n’est revenu chercher. Ma prunelle : il est célèbre. Cela fait longtemps qu’il a oublié leur étreinte fugace l’année du bac. Pas elle. Elle l’attend. Port Arica : il n’y a plus que dans ce jeu vidéo qu’il croise encore son frère, qu’il peut encore sentir, dans l’oreillette, le souffle de sa respiration Le tour du propriétaire : il est le seul. Le dernier. Le fils unique. À la mort de son père il a hérité de tout. Comptes, valeur, maison de son enfance.

Né en Auvergne, établi en Suisse, Julien Bouissoux est l’auteur de plusieurs romans et le co-scénariste du film « Les Grandes Ondes (à l’ouest) ».

Lauréat 2013 : Arnaud Modat

Ces onze nouvelles ont été écrites entre 2006 et 2011, ce qui en dit long sur la propension de l’auteur à se laisser distraire par le moindre pigeon. On y rencontre des pièces d’échec qui s’engueulent, un type qui cherche la sortie sur la piste des auto-tamponneuses, un autre, au contraire, qui ne veut plus quitter l’autoroute, un psychopathe performant, de la guitare au coin du feu, une fée accroupie au milieu d’une forêt de jambes… Nombreux sont les textes qui prêtent à sourire, mais le recueil ne sera pas remboursé en cas de suicide au gaz. Certaines nouvelles peuvent contenir des résidus de cynisme et des traces de noisette, en quantités infimes.

Arnaud Modat est né à la fin des années 70, à la frontière du funk et du disco, mais à Douai. Artiste polymorphe non rentable, flegmatique, confus, égocentrique et sportif atypique, il vit aujourd’hui à Strasbourg. Il aime les échecs, marcher pieds nus sur le goudron chaud, distribuer des bouchons de vodka, le cheval d’arçon et Fanny. Il mourra probablement en 2054 (en février ou en juin, mais le huit), d’une intoxication au plomb, tout simplement.

Lauréat 2012 : Serge Pey

Héritier de la liberté et du combat de ses pères, tous républicains et résistants, Serge Pey nous offre avec ce Trésor de la guerre d’Espagne un fabuleux kaléidoscope d’histoires vraies. Son écriture porte en elle cette force des grands écrivains telluriques comme Giono ou Faulkner, et parvient à nous rendre présente, comme intimement vécue, l’aventure de ces enfants pris dans la tourmente des guerres et des répressions. Partout on chasse, on traque et on tue l’enfant des révoltes, le fils des opprimés, qui doit pour survivre trouver les ruses de l’animal.
Il y a un tel bonheur de conter chez Pey qu’on ne peut s’empêcher de se délecter de chacun de ces épisodes tragiques ou pathétiques. Rarement une écriture aura rendu avec une telle intensité la mémoire à la vie.

 

Lauréate 2011 : Frédérique Clémençon

À la veille d’en perdre définitivement la garde, un père emmène ses deux fillettes pique-niquer au bord de l’eau. Son entourage s’est acharné à tranquillement l’évincer, lui assurant que ses filles lui en seraient plus tard reconnaissantes. Il n’a qu’une journée, la première d’une vie promise au chagrin, pour tisser, ou rompre, le lien paternel. Dans cette nouvelle comme dans les suivantes, les enfants et les adultes sont des territoires que l’on conquiert ou que l’on perd. Chacun bataille pour préserver son intégrité ou, au contraire, étendre son pouvoir sur les autres. Et gare à ceux qui, trop « petits » ou trop fragiles, ne savent pas résister.

Ces histoires ont l’allure de contes moraux. Avec son regard perçant et son écriture acérée, Frédérique Clémençon met en scène la cruauté des relations humaines et livrent d’inoubliables portraits de « petits » tenus de se conformer au désir des grands.

 

 

Lauréat 2014 : Jean-Pierre Cannet

Chez Cannet, les aveugles voient pour sauver les vivants de ce monde, on « radote avec ses vieux seins », on est baptisé par le bleu du ciel, les enfants se sauvent de l’enfer des hommes « dans l’intime du bœuf et bien après sa mort ». Et quand la chaleur se fait arachnéenne, « Dieu a soif », tout simplement. L’auteur, s’il saisit l’homme au cœur de ses tourments, nous le montre défiant à mains nues ce qui peut-être l’écrase, jamais ne l’avilit. (Anne-Marie Le Goff, extrait de la préface)

Un recueil poétique qui garde ses promesses de belle écriture soignée, ciselée, incisive, dans des mondes oniriques  aux personnages attachants. Les nouvelles sont très originales par le style empli de poésie, d’images. L’ensemble est certes noir mais ce recueil ne nous laisse pas indifférent. L’écriture est de grande qualité ; les nouvelles sont pleines d’émotions et bouleversantes.