« L’Orient est rouge » de Leïla Sebbar

Je ne voulais pas qu’elle souffre, esebbarlle est si vieille, elle refusait de quitter sa maison, elle a dit qu’on la laisse. Mourir en terre étrangère, non. Mourir dans la langue de l’ennemi, non.
Ma mère n’a pas voulu que je la porte sur mon dos. « Je ne suis plus une enfant. Va mon fils, va. Quitte l’enfer pour un autre enfer »
Je l’ai tuée.
J’ai tué ma mère. Elle était si faible. Je l’ai abandonnée, seule dans sa maison aux volets bleus. Ce bleu si beau de nos pays, vous savez. J’avais repeint les volets pour elle, pour sa vieille vie.
Ma mère, je l’ai tuée.
On va chercher l’aventure, la gloire, l’amour peut-être, la liberté, loin, très loin dans la guerre. On fugue en Orient. On donne sens à sa jeune existence en terre inconnue.
Changer le monde, changer de vie dans l’exaltation et la violence avec les Frères et les Sœurs engagés, des semblables, jusqu’à la mort et en assassinant.
Pour quel Paradis ? Telle est l’énigme de ces années de sang. (Editeur : Elyzad)


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Romancière et nouvelliste, Leïla Sebbar est née le 19 novembre 1941 à Aflou (Hauts-plateaux dans le département d’Oran), en Algérie d’un père algérien et d’une mère française, instituteurs.

Elle vit en France depuis l’âge de dix-huit ans. Étudiante, puis professeur de Lettres, elle est l’auteure d’essais, de critiques littéraires, de recueils de textes inédits, de nouvelles et de romans.

Leïla Sebbar se définit comme « une écrivaine dans le siècle – siècle qui commencerait au milieu du XXe siècle – c’est-à-dire lié à une histoire particulière, celle de la France et de ses colonies : guerres de colonisation, de décolonisation, de libération et, liés à cette histoire, tous les effets de déplacement, d’exode, d’exil et donc de rencontres singulières entre ceux qui quittent un pays et ceux du pays d’arrivée. [Ses] personnages sont donc en déplacement. Comment vont-ils vivre? Comment appréhender leur propre histoire, leur « roman familial » en relation avec l’histoire générale ? C’est ce rapport très fort, et que l’on ne peut ignorer, entre l’intime et le politique qu’[elle] explore. »