Lauréat 2015 : Julien Bouissoux

« Nos vies se résument soit à rien soit à quelques fulgurances. » Le ton de ces neuf nouvelles est donné dès la première ligne. Direct, tendre, incisif, Julien Bouissoux nous précipite dans la vie de ses personnages à un moment charnière où tout part à la renverse, saisissant cet instant où les failles apparaissent et où, par les craquements, se révèlent les contours d’une autre vie. Un homme à la mer : en hiver, un homme se jette à l’eau. Quelques brasses pour rattraper le ballon qui s’éloigne, à moins qu’il ne s’agisse de couper court à la promenade du dimanche, de fuir tout ce qui fait sa vie. Janvier : Janvier est un employé modèle, toujours à l’heure, d’humeur égale. Sauf que son entreprise semble l’avoir oublié. La tombe de Patrick Roy : ces jeunes désoeuvrés lui rappellent l’adolescent qu’il était avant de quitter le village. Mais ce n’est pas lui. Robert Lamoureux est mort : c’est l’heure où les enfants dorment, où les parents soufflent, pansent leurs plaies. C’est l’heure où l’on observe sa jeunesse qui n’en finit pas de mourir, à petit feu. Faut qu’on discute : un dîner en ville. Des hôtes super sympas. Le dialogue intérieur d’un homme dont le couple est au bord de la rupture. Valet Parking : Vandrisse perd sa vie à garer les voitures des clients pressés de ce restaurant chic. Mais ce soir, à la fin de son service, il en reste une que personne n’est revenu chercher. Ma prunelle : il est célèbre. Cela fait longtemps qu’il a oublié leur étreinte fugace l’année du bac. Pas elle. Elle l’attend. Port Arica : il n’y a plus que dans ce jeu vidéo qu’il croise encore son frère, qu’il peut encore sentir, dans l’oreillette, le souffle de sa respiration Le tour du propriétaire : il est le seul. Le dernier. Le fils unique. À la mort de son père il a hérité de tout. Comptes, valeur, maison de son enfance.

Né en Auvergne, établi en Suisse, Julien Bouissoux est l’auteur de plusieurs romans et le co-scénariste du film « Les Grandes Ondes (à l’ouest) ».